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Thomas COLOMBEAU est Directeur Adjoint du pôle de compétitivité ALPHA-RLH.

Quelle est votre conception du développement économique et territorial ?

Ce développement doit se faire en s’appuyant sur l’innovation qui permet aux entreprises de rester compétitives. La formation (initiale et continue) et le développement à l’international sont aussi essentiels pour assurer les bons relais de croissance.

D’après vous, le développement économique doit-il reposer sur la compétition ou la solidarité des territoires ? Ou bien les deux ?

Je crois fortement en la fertilisation croisée. La coopération inter filières au sein même d’un même territoire ou inter territoire sur une même filière permet toujours le développement des écosystèmes.

A l’aune des crises qui se succèdent, sanitaires, environnementales et économiques, comment percevez-vous l’évolution du développement économique et territorial dans un contexte de transition ?

Ces crises ont permis une prise de conscience massive des grands enjeux de demain. Les métropoles ont à présent une vraie volonté par exemple d’inscrire dans leurs projets de territoire des axes environnementaux forts. Il faudra être vigilant à ce que cette volonté s’inscrive dans la durée. Le citoyen s’est de même interrogé sur les valeurs qu’il peut attendre d’un territoire et je constate déjà quelques évolutions pouvant avoir un impact sur le développement économique (développement d’activités hors des métropoles/mégapoles).

Le colloque EUROPA 2021 au cœur des réflexions sur le développement économique des territoires en Europe face aux défis des transitions

Le colloque EUROPA du 26 novembre prochain aura pour thème « Les politiques des collectivités territoriales en Europe pour le développement économique de leurs territoires ».

Une nouvelle fois, notre association s’intéresse aux politiques publiques portées par les structures publiques et mises en œuvre au niveau de l’Europe et des territoires. Comment l’Etat et l’Europe interviennent-ils pour orienter ces actions, quelles sont leurs influences, avec quels résultats ?

Mais EUROPA, particulièrement soucieuse des enjeux actuels, mis en évidence aujourd’hui avec la COP 26 de Glasgow, a axé une table-ronde du colloque sur les différentes crises qui, depuis 2008, affectent l’économie locale, et celles à venir : crises financières, sanitaires, climatiques, démocratiques/sociales etc. constituent autant de coups portés à des politiques économiques fondées sur la croissance, le développement continu…. Face à ces multiples situations de crises, aux paliers de croissance économique, il est temps de repenser les politiques économiques en termes de résilience des territoires. La notion de résilience peut en effet permettre de refonder une conception du développement économique ; elle est sans doute l’un des moyens qui pourra conduire à reconstruire une action publique saine, vertueuse, attentive aux effets sur la planète.

Même si l’association EUROPA n’est pas spécialisée dans le domaine de l’environnement, les évolutions radicales engendrées par le changement climatique touchent de très près à ses champs de réflexion. Elle s’intéresse, depuis plusieurs années, aux questions fondamentales touchant à nos pratiques quotidiennes et aux nécessités de les faire évoluer. Dans ses différents colloques, EUROPA met l’accent sur l’influence des politiques publiques sur les transitions (climatiques, économiques, énergétiques…) et tente de définir les contours d’actions publiques plus responsables, à la fois de la planète, des territoires, des citoyens, y compris les plus vulnérables.

EUROPA a ainsi tenté d’anticiper ces nécessaires mutations dans un colloque tenu en 2017 sur les politiques de l’énergie en Europe, s’interrogeant sur le modèle de société qu’il nous faut envisager pour l’avenir. L’utilisation des énergies fossiles a en effet un impact direct sur le changement climatique et le choix de s’engager dans des énergies renouvelables n’est pas anodin. Les modes de production mais aussi les modes de consommation doivent être réinterrogés ; cette discussion ne peut cependant être cantonnée à des échanges entre experts, la société civile, les citoyens doivent s’emparer du sujet et questionner leurs habitudes. Un changement de modèle économique et politique apparaît indispensable, redonnant la main aux territoires dans des approches innovantes.

L’agriculture est également une politique publique dont on ne cesse de dénoncer les pratiques, qui auraient des effets désastreux sur l’environnement et à terme sur le climat. Un véritable « agribashing » s’est même instauré. Pour autant, le colloque organisé par notre association en 2019 a mis en évidence l’évolution des pratiques en ce domaine, la recherche de solutions moins polluantes, la montée en puissance des circuits courts pour diminuer l’empreinte carbone, l’utilisation des énergies renouvelables. Les débats ont ainsi envisagé l’évolution de la politique agricole commune, qui repose actuellement sur deux piliers (soutien du marché, des prix et des revenus agricoles, et développement rural) ; un troisième pilier pourrait être créé, prenant en compte le changement climatique. Il est indispensable que soit mise en œuvre une co-construction des politiques agricoles, avec l’Etat, les collectivités territoriales et intercommunalités et les agriculteurs.

Mais, face aux dérèglements climatiques, l’enjeu principal reste dans doute l’eau, ressource naturelle et indispensable à la vie. L’Assemblée générale des Nations-Unies a adopté, le 28 juillet 2010, une résolution intitulée « Le droit de l’homme à l’eau et à l’assainissement », dans un contexte de changement climatique de plus en plus menaçant qui pose la question de l’avenir même de la planète… Le colloque tenu en 2020 a souligné qu’il est nécessaire d’intégrer davantage la protection et la gestion écologiquement viable des eaux dans les autres politiques européennes, telles que celle de l’énergie, celle des transports, la politique agricole, celle de la pêche, la politique régionale, et celle du tourisme. Il est indispensable aujourd’hui, au regard de la raréfaction des ressources en eau, mais aussi des risques climatiques, des risques liés à la pollution, de mettre fin aux politiques publiques sectorielles et cloisonnées. Les citoyens prennent aussi progressivement conscience de la nécessité de revoir leurs usages de l’eau. Les entreprises, les collectivités publiques doivent être accompagnées dans des démarches innovantes et résilientes, en lien avec les acteurs des territoires et en s’appuyant sur les agences de l’eau.

Les transports et plus largement la mobilité alimentent aussi la réflexion sur les usages que nous en avons ; la facilité à prendre l’avion, la volonté de se déplacer toujours plus loin, la saturation de certaines zones protégées à cause du tourisme… sont autant de marqueurs de l’envolée de l’empreinte carbone Toutes ces pratiques doivent être réinterrogées pour que chacun d’entre nous contribue efficacement, à son niveau, à la survie de la planète.

Le développement économique, appréhendé dans sa globalité, va permettre aux intervenants du colloque de réfléchir à des politiques publiques plus responsables, investies dans les territoires, porteuses d’innovation… et respectueuses des ressources de la planète !

Olivier BOUBA-OLGA est Professeur des Universités (Université de Poitiers) et Chef de service « études et prospective » de la Région Nouvelle-Aquitaine

Quelle est votre conception du développement économique et territorial ?

Chercheur spécialiste des questions de développement territorial, j’insiste dans mes travaux sur l’importance de la diversité des territoires et sur l’enjeu qu’il y a à se nourrir de cette diversité. Il faut sortir de l’obsession consistant à chercher le territoire ou la catégorie de territoires la plus performante, cela n’est pas pertinent.

D’après vous, le développement économique doit-il reposer sur la compétition ou la solidarité des territoires ? Ou bien les deux ?

L’idée que les territoires seraient en concurrence les uns avec les autres est une idée trop présente, qui fait beaucoup de mal, et qui est contraire à ce que nous disent les travaux de recherche. En matière économique, la création de richesses et d’emplois se nourrit de la capacité des acteurs à se diviser le travail et à se coordonner efficacement. L’accent doit donc être mis non pas sur la concurrence territoriale, mais sur les enjeux de coopération territoriale, étant entendu que selon les sujets, les territoires qui doivent coopérer ne sont pas nécessairement les mêmes, il convient de se poser à chaque fois, pour chaque sujet, la question du « avec qui » on a intérêt à travailler. A côté de ce principe de coopération, il faut effectivement retenir un principe de solidarité : œuvrer pour que chacun dispose des mêmes choses où qu’il se trouve, et aider ceux qui sont dans la difficulté, sur un sujet ou sur un autre, là aussi quel que soit l’endroit où il réside.

A l’aune des crises qui se succèdent, sanitaires, environnementales et économiques, comment percevez-vous l’évolution du développement économique et territorial dans un contexte de transition ?

Dans le contexte français, un discours très élitiste avait émergé ces dernières années, faisant de la compétitivité des métropoles l’alpha et l’omega de la création de richesses et d’emplois en France. La crise des Gilets Jaunes, puis la crise Covid, ont au moins eu le mérite de mettre en débat ce discours. Il est clair qu’il est nécessaire de réinterroger les objectifs fondamentaux que l’on s’assigne, qui relèvent moins de la compétitivité de tel ou tel territoire que de notre capacité collective à répondre aux besoins présents et futurs des populations. Toute l’action publique devrait être tournée vers cet objectif général, qui passe par notre capacité à travailler ensemble.

La Politique agricole commune : pour une agriculture au service de l’attractivité des territoires ?

Webinaire du jeudi 4 février 2021 | 9h30-12h30

La manifestation Jeune doctrine s’est inscrite dans les actions du Réseau Régional de Recherche (R3) « Europe, Droit et Action Publique » (EDAP).

Cette première édition a mis en relation l’université de Poitiers à travers le Centre d’études et de coopération juridique interdisciplinaire (CECOJI) et l’Association EUROPA, Organisation Internationale Non Gouvernementale (OING) dotée du statut participatif auprès du Conseil de l’Europe. Elle était organisée en lien avec le thème du colloque EUROPA 2019 sur Les politiques agricoles et de développement rural en Europe : pour une agriculture au service de l’attractivité des territoires ?

Elle se voulait l’occasion, pour les doctorants et les étudiants de Masters 2 Recherche des universités membres du réseau R3, de produire des travaux originaux approfondissant les thèmes de colloques organisés en amont.

Sous la direction de Gabrielle ROCHDI et de Raphaèle-Jeanne AUBIN-BROUTE, Maîtres de conférences à l’université de Poitiers et membres du CECOJI, des étudiants du Master 2 Droit de l’activité agricole et de l’espace rural ont présenté leurs travaux au cours de la matinée.

Les replays du webinaire

Ouverture de la journée Gabrielle Rochdi

  • Didier Veillon, Doyen de la Faculté de droit et des sciences sociales
  • Christophe Bonnotte, Maître de conférences en droit public à l’Université de Limoges, Secrétaire général d’EUROPA
  • Philippe Lagrange, Professeur, Délégué EDAP pour l’Université de Poitiers

Propos introductifs : « Etat des lieux de la réforme de la PAC » Louise Puel (Promotion 2019-2020)

La PAC au service de l’attractivité des territoires par la politique de développement rural Coline Chauvet et Suzie Terrier (Promotion 2020-2021)

Relier la PAC à l’attractivité des territoires : et si l’environnement était le fil d’Ariane ? Olivia Bouclet et Lina Capuano (Promotion 2020-2021)

La PAC, un canal vers des systèmes alimentaires territoriaux en Europe ? Julien Mingot et Clément Mongabure (Promotion 2020-2021)

Prenant appui sur l’actuelle réforme de la Politique agricole commune (PAC), ces travaux se sont attachés à voir en quoi les enjeux écologiques, économiques, sanitaires et sociaux invitent à repenser les équilibres fondamentaux tout autant que les instruments juridiques de la plus emblématique des politiques européennes. Les jeunes chercheurs se sont ainsi interrogés tout spécialement pour savoir en quoi la PAC place l’agriculture européenne au service de l’attractivité des territoires à travers ses rapports avec l’alimentation, l’environnement et le développement rural.

Programme

9h30 – Ouverture Raphaèle-Jeanne Aubin-Brouté et Gabrielle Rochdi

  • Didier Veillon, Doyen de la Faculté de droit et des sciences sociales
  • Christophe Bonnotte, Maître de conférences en droit public à l’Université de Limoges, Secrétaire général d’EUROPA
  • Philippe Lagrange, Professeur, Délégué EDAP pour l’Université de Poitiers

10h10 – Propos introductifs : « Etat des lieux de la réforme de la PAC » Louise Puel (Promotion 2019-2020)

10h45 – La PAC au service de l’attractivité des territoires par la politique de développement rural Coline Chauvet et Suzie Terrier (Promotion 2020-2021)

11h20 – Relier la PAC à l’attractivité des territoires : et si l’environnement était le fil d’Ariane ? Olivia Bouclet et Lina Capuano (Promotion 2020-2021)

11h55 – La PAC, un canal vers des systèmes alimentaires territoriaux en Europe ? Julien Mingot et Clément Mongabure (Promotion 2020-2021)